La photo de février 2026 — 12 777 EV en LLD, 25,5 % du mix

Selon les données consolidées par Flotauto pour février 2026, les immatriculations de véhicules 100 % électriques en LLD atteignent 12 777 unités, soit 25,5 % du marché LLD mensuel. C'est un saut significatif par rapport à février 2025, où la part électrique se situait à 17,5 %. La progression de 8 points en un an constitue le rythme le plus rapide jamais observé sur ce segment.

L'observation prend tout son sens quand on la confronte aux volumes globaux LLD du mois. Le marché LLD a reculé de 10,64 % en février 2026 sur 12 mois glissants. Le volume total est en repli (50 105 unités vs 56 086 en février 2025) mais la part EV progresse, ce qui signifie que la baisse a touché disproportionnellement les motorisations thermiques. C'est la signature d'une bascule structurelle, pas d'un mouvement conjoncturel.

La courbe historique — d'où on vient depuis 2023

Reculons de trois ans. En février 2023, la part EV en LLD se situait à 7,8 % sur le mensuel. En février 2024 elle atteignait 13,1 %. En février 2025 elle culminait à 17,5 %. En février 2026 elle franchit le seuil 25,5 %. Soit une progression composite de 33 % par an environ. À ce rythme, la part EV en LLD atteindra 33 % en février 2027 et 44 % en février 2028.

Cette dynamique se confirme sur les autres références du marché. Flotauto publie une lecture mars 2026 qui prolonge la tendance : la part EV mensuelle reste au-dessus de 25 % en mars, avec une stabilisation conjoncturelle plutôt qu'un nouveau saut. Cette stabilisation s'explique par la fin du quota LEV transitoire 10 % (en vigueur en 2025) et la mise en place du seuil 15 % au 1er janvier 2026, qui crée une discontinuité administrative mais pas un effondrement d'appétit.

Les leviers structurels — quota LEV, ZFE, malus, prime à la conversion

Quatre leviers expliquent la trajectoire ascendante de l'EV en flotte.

Premier levier : le quota légal LEV (Loi d'Orientation des Mobilités). Le seuil 15 % en 2026 pour les flottes de plus de 100 véhicules contraint mécaniquement à l'achat d'EV. Avec une trajectoire à 20 % en 2027 et 30 % en 2030. Deuxième levier : les Zones à Faibles Émissions, désormais déployées dans 11 métropoles, qui interdisent progressivement la circulation des véhicules les plus polluants. Troisième levier : le plafond d'amortissement EV à 30 000 € (vs 18 300 € thermique) issu de la LF 2026. Quatrième levier : les aides à l'achat ZNI (Zones Non Interconnectées) maintenues à 3 000 € par véhicule sur Corse, La Réunion, Martinique, Guadeloupe.

Ces leviers s'empilent. Pour une flotte ETI 200 véhicules en zone urbaine, le coût d'opportunité du non-passage à l'EV ressort à 50 000 à 100 000 € par an cumulés (malus + amortissement non optimisé + complications ZFE).

L'hybride à 33,4 % — la vraie révolution n'est pas où on pense

Le narratif dominant médiatise l'électrique pur. Mais la révolution silencieuse en flotte est ailleurs : l'hybride non-rechargeable atteint 33,4 % du mix LLD en février 2026, contre 24,9 % en février 2025. C'est une progression de 8,5 points, similaire à l'EV. À volume agrégé, hybrides + EV atteignent désormais 58,9 % des immatriculations LLD. Le seuil 60 % sera franchi en S2 2026 selon la trajectoire actuelle.

Cet engouement hybride traduit un calcul rationnel : la full hybride offre des économies de carburant directes (cf. notre article BACT du 26 mai sur le SP98 > 2 €/L), zéro contrainte de recharge, un coût d'acquisition modéré, et un TCO compétitif. Les LLD privilégient cette solution sur les segments commerciaux PME et ETI où le télétravail réduit le kilométrage annuel mais où la flexibilité reste critique. Auto Infos a documenté la prudence durable des flottes qui choisissent l'hybride pour limiter le risque industriel.

Le décrochage des volumes globaux LLD — -10,64 % vs 2025

Le marché LLD recule de 10,64 % en volume sur les 12 mois glissants à février 2026. C'est la 7e baisse mensuelle consécutive. Trois facteurs cumulatifs : ralentissement économique généralisé (PIB +0,4 % au T1 2026), prudence des directions financières d'entreprises qui retardent les renouvellements, et hausse structurelle des loyers LLD due à la baisse des valeurs résiduelles d'occasion sur certains segments thermiques.

Cette baisse globale combinée à la hausse relative de la part EV signifie que les loueurs vivent un double pivot : volumes en repli mais mix qui se valorise. La rentabilité unitaire LLD progresse même si les volumes baissent. Pour les acteurs majeurs (Arval, ALD-Ayvens, Athlon, Leasys), l'enjeu opérationnel devient la gestion de stock thermique sortant de flotte (à revendre sur un marché occasion saturé) et la sécurisation des allocations EV constructeur (encore tendues sur certains modèles premium).

Quels constructeurs profitent vraiment de la bascule

La bascule profite aux constructeurs disposant d'une offre EV large et accessible. Trois familles se détachent en février 2026 :

Tesla maintient sa position de premier vendeur EV en flotte (parts variables 18-22 % selon les mois) grâce à la Model 3 et au Model Y. Le groupe Volkswagen (VW ID.3, ID.4, ID.7, Audi Q4 e-tron, Q6 e-tron, Cupra Born) consolide la deuxième position (~15-18 %). Le groupe Stellantis (Peugeot e-208, e-3008, e-5008, Citroën ë-C3, ë-C4, ë-Berlingo, DS, Fiat) progresse fortement sur l'urbaine et l'utilitaire VUL (~13 %). Renault Group (R5 E-Tech, Mégane E-Tech, Scenic E-Tech, Alpine A290) tient une part stable autour de 10-12 %. Drive To Business cartographie les modèles par segment fiscal.

Le segment premium EV (BMW i, Mercedes EQ, Audi e-tron, Genesis Electrified, Porsche Taycan/Macan EV) profite spécifiquement du plafond d'amortissement 30 000 € : la fiscalité avantage les véhicules les plus chers, ce qui explique l'accélération récente des prises de commandes sur ce segment depuis la publication LF au 31 décembre 2025.

Mix énergétique LLD France — février 2025 vs février 2026
Carburation Part févr. 2025 Part févr. 2026 Évolution Volume févr. 2026
Électrique (BEV)17,5 %25,5 %+8,0 pts12 777
Hybride non-rechargeable24,9 %33,4 %+8,5 pts16 765
Hybride rechargeable8,3 %9,2 %+0,9 pt4 615
Diesel33,1 %22,4 %−10,7 pts11 224
Essence16,1 %9,4 %−6,7 pts4 712
Autres (GPL, GNV, etc.)0,1 %0,1 %=≈ 50

Ce que la trajectoire dit pour S2 2026 et 2027

Notre projection pour fin 2026 : part EV mensuelle stabilisée 26-28 % avec un palier estival (saisonnalité commande des flottes), puis nouveau saut à 30 % en septembre-octobre lié au quota LEV qui devient binding pour les flottes en retard sur leur budget renouvellement. La part hybride non-rechargeable se maintient autour de 33-35 % sur l'ensemble du second semestre.

2027 : la trajectoire vers 30 % puis 33 % EV sur l'année dépendra de trois variables : (1) le déploiement de l'infrastructure de recharge en entreprise et autoroute, (2) la trajectoire des prix EV constructeurs (la baisse Tesla et la pression chinoise BYD/Geely pèsent à la baisse), (3) l'évolution du résidu fiscal pour les hybrides PHEV qui restent en débat parlementaire pour la LF 2027. Notre scénario central reste haussier sur l'EV pur, avec une consolidation hybride non-rechargeable autour de 30-33 %.

FAQ

Comment expliquer un EV qui grimpe alors que le marché global décroche ?

La baisse de volumes touche disproportionnellement les motorisations thermiques (-15 à -20 % selon les segments) tandis que les commandes EV poursuivent leur trajectoire ascendante. Le décrochage thermique masque la dynamique électrique vue en valeur absolue.

Le seuil 25 % EV est-il une bascule ou un palier ?

C'est une bascule structurelle. Au-dessus de 25 %, l'EV n'est plus un véhicule de niche en flotte mais une norme statistique sur le segment renouvellement. La trajectoire vers 30 % d'ici fin 2027 est désormais probabilisée à 70-80 % par les analystes secteur.

Quels secteurs portent la transition électrique en flotte ?

Trois secteurs en pointe : énergie/utilities (45-50 % EV), banque/assurance/services financiers (35-40 %), conseil/audit (30-35 %). Trois secteurs en retard : BTP/industrie lourde (15-18 %), transport routier (10-12 %), distribution alimentaire (8-10 %). L'écart sectoriel s'explique par la nature des trajets et l'infrastructure de recharge disponible.

L'hybride rechargeable est-il vraiment mort en flotte ?

Pas mort, mais en stagnation à 9-10 % depuis 18 mois. La fin des avantages fiscaux spécifiques (la TVS exonérée passe désormais aux EV pur uniquement) et la baisse de l'écart prix avec l'EV pur poussent les flottes vers le 100 % électrique direct. Les PHEV restent pertinents sur des usages mixtes urbain/autoroute à kilométrage élevé.

Quelle projection raisonnable pour la fin 2026 ?

Part EV mensuelle stabilisée 26-28 % au T2-T3, puis saut à 30 % en septembre-octobre lié au quota LEV binding. Cumul annuel 2026 attendu autour de 27 %, contre 19 % en 2025. La barre 30 % de moyenne annuelle sera franchie en 2027.